Nivôse blues

Nivôse blues

Nivôse blues
Éditeur: L'Harmattan
201076 pagesISBN 9782296120570
Format: BrochéLangue : Français

Au fur et à mesure que l'humain vieillit, sa chair, qui s'est dilatée, absorbe

enfin l'essence du monde, son gouffre, son effarante chromie, sa décharge

technologique, ce qui va le perdre et le consumer.

Sa précarité pleinement ressentie lui rend le pari du désir sublime, quand il

se trouve au faîte de l'aventure et que celle-ci consistait surtout à vouloir

conquérir des espaces remplis de dilemmes qui n'étaient que ceux de la civilisation

et que, parvenu au midi de sa vie, l'univers du poème, tel un oracle,

retentit, écho puissant d'une dépression lucide qui le creuse, le transforme

puis le réconcilie avec sa part vulnérable d'intemporelle insatiabilité.

Sans doute a-t-il toujours faim, même s'il peut se rassasier de langage : l'idée

d'un manque essentiel à son bonheur est récurrente, certes, mais elle ne le

torture plus car elle s'apparente aux mots de sa propre perte déplacés dans un

corps qui a su les annexer au bruissement singulier, parfois féroce - ou merveilleux

- d'un monde descendu jusqu'à lui. La parole véhicule alors son

message prophétique et ontologique à celui qui l'écoute dans le secret d'une

nouvelle expérience de la peau.

Ainsi, l'aventure humaine, retournée sur un risque intérieur qui la fragilise,

peut dorénavant s'ouvrir aux perspectives enchantées d'un autre médium :

celui de la poésie, exponentiel, illimité.

Comblé du dire du poème, l'homme accepte mieux son angoisse ; la parole

poétique reconstruisant ce qui est fractionné, reconduisant les incertitudes de

son existence sur une victoire : celle du verbe.

Comblé, oui, d'une certaine manière, ce qui ne l'empêche pas d'être toujours

aux aguets, en révolte contre une impuissance à être au monde tel que son

ressenti le réclamerait. Il se rend compte que sa quête ne peut outrepasser les

voies d'accomplissement de sa construction intime qui devra pacifier, dans

une chair froissée de douleur empirique et traversée de désir perdu, ce qui

l'outrage au plus profond : la «folie ordinaire», l'indifférence, ou encore la

rage récidiviste d'une humanité défaillante, sourde et mutique.

Dans ce dernier recueil, Nivôse blues , j'ai voulu faire ressortir l'éclat fatal et

ambigu du diamant noir, gemme splendide porteuse d'émotions duelles, un

hédonisme étrange qui lacère, comme un rayon laser au-dessus de la fosse,

des regards aimantés qui persistent à recueillir de la lumière avec leur

mémoire.

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