La plèbe de Rome et sa culture : fin du IIe siècle av. J.-C.-fin du Ier siècle apr. J.-C.

Loin des clichés qui ont longtemps été associés à la plèbe urbaine de Rome,
cet ouvrage vise à en reconstituer la composition, le rôle et l'imaginaire social,
de l'époque des Gracques à celle de Domitien. Il reformule l'histoire de ce
groupe dans un cadre nouveau, en recourant notamment à la sociologie et au
concept de culture, afin de mettre en évidence l'existence d'un monde qui lui
aurait été propre, un monde dont nous percevons des traces tangibles dans des
domaines aussi divers que le rapport au métier, à l'espace urbain ou à la politique,
mais qu'il convenait d'interroger sous l'angle de sa cohérence, condition
essentielle pour parler de culture : existait-il une combinaison de comportements
qui aurait permis à cette plèbe de se concevoir comme un ensemble à
part entière ? Autrement dit, avait-elle conscience d'elle-même ? La réponse est
à chercher du côté de la stabilité démographique et de l'unité socio-spatiale
conférées par la mégapole à la population millionnaire d'une capitale d'empire
dont les conditions de vie n'étaient sans doute pas celles de la "ville-tombeau"
souvent décrite. Elle n'était pas un Lumpenproletariat , l'oreille tendue aux rumeurs
de soulèvement, mais un élément stable de la société romaine, composé de
strates profondément ancrées dans l'espace urbain, de couches moyennes disposant
de quelques biens qui permettaient à leurs détenteurs de se reconnaître
dans la cité et ses institutions. Ainsi, la plèbe avait une conscience politique et
savait se faire entendre des gouvernants. Elle n'en était pas pour autant monolithique.
Bien au contraire, elle était divisée en sous-groupes qui, à l'instar de la
plebs media , la structuraient en autant de systèmes d'appartenance à la fois verticaux
et horizontaux. Une identité complexe aux facettes multiples.