Lettre clandestine (La), n° 20. L'érudition et la littérature philosophique clandestine

Une des distinctions importantes dans la littérature hétérodoxe
de l'Âge classique semblait se fonder sur l'érudition : les libertins
dits «érudits», La Mothe Le Vayer et Naudé en particulier,
rendent leur propos obscur à force de citations et de références
bibliographiques, et cette obscurité était sans doute nécessaire
à la publication de leurs oeuvres. Mais les philosophes
clandestins, pouvait-on penser, étant protégé par l'anonymat,
peuvent s'exprimer plus simplement et plus directement, sans
détour et sans se justifier par la multiplication des références
érudites. Cependant, on constatera dans le dossier thématique
de ce numéro 20 de La Lettre clandestine que les philosophes
clandestins ont eux aussi recours à l'érudition, afin de donner
poids à leur parole et afin de démontrer que leurs arguments jugés
scandaleux se trouvent chez les auteurs les plus respectables.
Histoire de montrer du doigt les conflits internes du camp dévot.
Bayle leur avait montré le chemin et il leur fournit souvent les
références dont ils ont besoin.
Ce dossier thématique s'accompagne des actes de la Table ronde
de Graz (juillet 2011) sur la philosophie antique dans la littérature
clandestine, de plusieurs articles consacrés à des particuliers,
auteurs ou collectionneurs d'écrits clandestins, ainsi que de
«variétés hétérodoxes» en hommage à Charles Porset. Notre
dossier de comptes rendus s'épaissit, comme il se doit, et notre
rubrique bibliographique signale les dernières publications dans
notre domaine d'étude.