Le poète disparu ou Un violon vibrait en plein ciel...

En mars 1985, les autorités soviétiques de Moscou livraient au Quai
d'Orsay à Paris, une liste de noms de trois cent quarante-sept Français
dont les familles alsaciennes et lorraines étaient sans nouvelles depuis
quarante ans. Incorporés pour la plupart, de force dans la Wehrmacht,
ils étaient morts à l'hôpital de Kirsanov, près du camp de Tambov, en
U.R.S.S., souvent bien après la signature des accords de Yalta.
En parcourant la liste fleuve parue dans son journal, la Mosellane
Lise Ferrand, de Méricourt, tombe en arrêt sur le nom d'Alexandre
Dartevel. Un poète, un musicien, un artiste. Elle n'avait jamais voulu
croire à sa mort. Il avait pourtant disparu, un soir de bombardement,
après avoir joué dans la cave qui lui servait d'abri, la célèbre
Chaconne pour violon seul de Jean-Sébastien Bach. Personne ne l'avait
revu. Lise Ferrand, qui avait assisté au concert souterrain, était
convaincue qu'elle le retrouverait un jour.