Mythes de la rébellion des fils et des filles

Dès l'Antiquité, par le biais de figures de révoltés acquérant une
stature hors norme, scandaleuse, nombre de mythes mettent en
scène la volonté de la progéniture de se soulever contre la
domination des pères considérée comme oppressante et
manifestée par une dévoration réelle ou symbolique.
Dans les versions les plus anciennes des mythes de succession
(Zeus face à Cronos) comme dans le mythe freudien du Meurtre
du Père, les changements structurels découlent de la volonté
filiale de mettre fin à un ordre étouffant, jugé inadapté ou
sclérosé, pour inaugurer une ère nouvelle. Mais, entre sentiment
de culpabilité ou d'infériorité et tentation de la reproduction,
l'échec menace souvent la révolte des fils, aussi juste soit-elle.
La rébellion des filles, traditionnellement écartées de la sphère
du politique, peut en ce sens paraître dotée d'une plus grande
irrévérence, d'un pouvoir de transgression plus fécond.
Sans limitations chronologiques ni culturelles, ce volume entend
montrer combien la matière mythique est apte à explorer le désir
d'émancipation à l'égard du parent biologique, symbolique ou
politique. Entre désobéissances, révoltes avortées et libérations,
renversements de l'ordre despotique et sublimations par la
création, une riche constellation de figures est ici convoquée,
issue des mythes gréco-romains (OEdipe, Antigone, Électre,
Oreste, Médée, Zeus, Brutus) et bibliques (Caïn, les enfants de
Noé, Isaac, le Fils prodigue). Des figures forgées plus récemment
viennent aussi éclairer l'expression de cette rébellion (Mordred,
Brünnhilde, Hamlet, Don Juan).