Civic instinct : suspense

Je suis un combattant, un guerrier anonyme contre l'incivisme :
un homme comme un autre, invisible. Mais j'ai toujours pressenti
ma différence : l'impression de ne pas appartenir complètement
à votre monde, comme si quelque chose d'infime, mais de
suffisamment fort, m'empêchait d'intégrer la cohorte indifférente
de mes contemporains. Jusque-là, j'ai toujours subi en silence les
agressions continuelles d'un monde de dépendance et de
contrariétés : la liberté des uns se termine là où... etc., etc. Devant
les mille désagréments de cette promiscuité avec les sans-gêne,
les grossiers, les bruyants, les puants, les agressifs, les dangereux,
faudrait-il attendre passivement et supporter l'aliénation de sa
propre liberté, de son espace vital ?
Je ne prétends pas détenir une vérité, ni sauver l'apparence du
monde, encore moins le rendre meilleur. Ma part semble dérisoire,
mais pour moi incontournable. Mes interventions sont souvent
plus impulsives que véritablement réfléchies. Elles s'imposent
d'elles-mêmes : coordonnées, précises, sans risques. Je ne me
considère pas comme un meurtrier : je ne tue pas par goût, ni
par nécessité, je tue par civisme. J'appartiens à cette légion secrète
qui soulage l'humanité de son lot de turpitudes...
Mon erreur aura été de tuer une dernière fois, pour une cause un
peu trop personnelle et pas assez altruiste.