Lettres à sa mère. Vol. 2. 1919-1938

Lettres à sa mère. Vol. 2. 1919-1938

Lettres à sa mère. Vol. 2. 1919-1938
Éditeur: Gallimard
2007698 pagesISBN 9782070730353
Langue : Français

«Je ne peux écrire qu'à toi, comme si je m'accrochais de la main gauche à une

épave et que j'écrivais de la main droite.» Un naufragé de la vie ou de la poésie

- ce qui pour lui revient au même - dont la mère confidente serait la seule planche

de salut, telle est l'image qu'on serait tenté d'emporter de la lecture des 560

lettres, cartes postales ou billets qui jalonnent vingt années de la vie de Jean

Cocteau. Car, si elles sont les plus fécondes, elles ne sont pas les plus sereines.

L'une apporte même son coup de tonnerre avec la mort de Raymond Radiguet.

Loin de le consoler, le recours à l'opium l'asservira jusqu'à la fin de ses jours, sans

que le retour à la religion - second remède - ne bouleverse durablement sa vie.

C'est dire que le temps des frivolités parisiennes est révolu, mais l'avant-garde

à laquelle il les a sacrifiées tarde à le reconnaître pour son pilote. En dépit

d'une inlassable activité sur le front de la modernité, Cocteau n'arrive pas à

s'imposer, du moins devant ceux qui comptent à ses yeux. Dada le ridiculise et les

surréalistes le couvrent d'injures. De Picabia, de Cendrars, voire de Reverdy, il

essuie des affronts et le dieu Picasso le renie publiquement sur ses terres

espagnoles.

S'il signe encore une lettre : «Duc d'Anjou et prince de Paris», ce prince

déserte régulièrement sa principauté. «J'étais né pour la campagne, la province,

constate-t-il en 1927. Je me suis engagé dans la bataille par erreur.» La fuite vers

le Sud devient vite règle, hygiène de vie, encore que, pour un créateur, la capitale

soit un point de passage obligé : les éditeurs, les théâtres, les lieux et les agents

de la consécration sont presque tous là. Un aveu exprime ce noeud de

contradictions : «Je suis triste et heureux de rentrer dans cette ville que je n'aime

pas et sans laquelle il me serait impossible de vivre.» Heureux surtout parce que

sa mère, qu'il s'accuse d'abandonner, y vit et qu'elle l'y attend. Félicitons Cocteau

d'avoir pris l'habitude de ces mois d'exil : une riche et précieuse correspondance

en est le fruit. Faute d'entraîner ou de suivre, comme jadis, sa mère sur les rives

de ses longues mais fausses vacances, le fils prodigue lui en tient le journal

illustré avec plus ou moins d'assiduité.

J. T.

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