Hippocrate malade de ses réformes

Hippocrate malade de ses réformes

Hippocrate malade de ses réformes
Éditeur: Ed. du Croquant
2007319 pagesISBN 9782914968256
Format: BrochéLangue : Français

Le diagnostic officiel est pessimiste, le pronostic plus

encore : le système de santé français connaîtrait une

«crise profonde» ; il serait «en faillite» faute de pouvoir

«réguler» l'«explosion» des dépenses de santé ; malgré

un «trou de la Sécu abyssal», il ne garantirait même pas

un accès universel à des soins de qualité. Et les gouvernements,

les experts et les journalistes de stigmatiser l'«exception

française» pour mieux célébrer nos voisins européens

qui, eux, auraient eu le courage d'engager des réformes

certes difficiles mais nécessaires. Un examen attentif

de ces réformes montre, toutefois, qu'il n'existe pas d'exception

française et que les systèmes de santé européens

sont mis en crise dans le but de privatiser et de libéraliser le

secteur, avec les encouragements de l'Union européenne et

de l'OCDE. Le paradoxe veut que ce soit le cancre des pays

développés - les États-Unis - qui inspire désormais les décideurs

européens. Même si, en France, l'État resserre son

emprise sur l'assurance maladie et se gargarise de la Couverture

maladie universelle, notre pays n'est cependant pas

à l'abri de la doxa néolibérale. L'étatisation pourrait être le

levier de la mise en concurrence prochaine de l'assurance

maladie et des hôpitaux. Des voix, notamment patronales,

s'élèvent pour presser l'adoption de réformes en ce sens,

dans un débat public monopolisé par une poignée d'experts.

Le discours modernisateur oscille alors entre la pédagogie

économique et la répétition ad nauseam de poncifs, comme

les «abus», sur le fondement de chiffres parfois fantaisistes,

souvent contestables et toujours intéressés. La critique

sociale passe d'abord par un triple refus : celui de l'économisme

; celui de la reddition face au «bon sens» gestionnaire

; celui de la posture défensive qui, dénonçant le

rationnement des soins, en vient à défendre les revenus des

médecins et les profits de l'industrie pharmaceutique. Elle

doit ensuite partir d'un constat radical : la santé est un enjeu

politique avant d'être un problème économique ou médical.

La question sanitaire rejoint alors la question sociale,

redevenant un sujet de réflexion pour les sciences sociales

et, au-delà, de délibération démocratique. La santé est le

terrain privilégié d'interpellation des fondements économiques,

sociaux et politiques du nouvel ordre économique.

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