Et demain le Tchad... verbatim : mon expérience au coeur de l'Etat tchadien

Et demain le Tchad... verbatim : mon expérience au coeur de l'Etat tchadien

Et demain le Tchad... verbatim : mon expérience au coeur de l'Etat tchadien
Éditeur: L'Harmattan
2009443 pagesISBN 9782296104655
Format: BrochéLangue : Français

Quelques jours après le retour de Douala, tout se confirme. Le Président est

vraiment mécontent de moi et il cherchera à me le faire savoir. C'est franc. Le

Président est un adepte de la confrontation. C'est un trait de la culture zaghawa et j'en

suis un car certains réflexes sont presque innés en l'homme. Moi aussi, je suis un

partisan de la confrontation, du dialogue, de la résolution non violente des conflits.

L'entretien sera très intéressant. Le Président de la République me dit clairement qu'il

a reçu des «informations faisant état de mes activités de l'ombre». Il semble que je

suis un honorable correspondant des journaux de l'opposition auxquels je livre tous les

secrets de la Présidence ! Le Président me montre deux articles que j'aurais signés. Il

s'agit de : «Deby intrônise Deby» dont l'auteur est Georges Séverin Ngueta et «Le

Tchad a trente huit ans» dont l'auteur est Ali A. Haggar. Le Président fait un long

réquisitoire. Je le laisse parler en le regardant droit dans les yeux comme pour lui faire

ressentir l'absurde cheval de la délation sur lequel il est embarqué. Pour moi, Idriss

Deby est et demeure le tombeur de Habré et je n'arriverai jamais à m'accommoder de

la survivance de l'arbitraire. Des questions dans ma tête : qui cherche à me nuire ?

Pourquoi ? Le Président me toise longuement puis il baisse les yeux.

«Ali, j'ai dirigé une armée de 40 000 hommes. Je connais les hommes. Je ne suis

pas un aventurier. C'est plus difficile de gérer une telle armée qu'un Etat. Je viens de

t'observer et j'ai compris. Tu es innocent. Va travailler», dit le Président.

«Le premier article n'est pas de moi. Le deuxième, si ! Je signe toujours mes

articles. J'ai ce courage. J'ai des fréquentations qui peuvent paraître suspectes aux

yeux de ceux qui ne jugent que les apparences. Ce sont des amitiés qui n'ont

absolument rien de subversif. Moi, je vais chez Yorongar et chez Néhémie, en plein

jour. Cela m'aide à comprendre un certain nombre de choses pour pouvoir mieux vous

aider. Je ne diabolise pas vos adversaires politiques. Ce n'est pas moi qui écrit les

éditoriaux du Temps. Je suis éduqué dans le sens de la dignité et de la fidélité. Je dois

également vous dire qu'il y a des gens autour de vous qui sont en train de casser vos

cadres. Je ne suis pas en train de défendre qui que ce soit mais je crois en mon âme et

conscience que Moussa Faki est en train d'être lynché et traîné injustement dans la

boue. Ce n'est pas normal.»

«C'est bon. Va travailler. Vous devez voyager aujourd'hui avec Lamana. Soyez

prudents avec les banquiers à Londres. Ne vous faites pas escroquer. Ne revenez pas

bredouilles.»

«Je voudrais vous demander une faveur.»

«Laquelle ?»

«Le nom du menteur !»

«Tu le sauras par toi-même...». Je le saurai en effet. Il s'agit d'un farfelu aux

grands airs de démocrate.

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