Le lion de Florence : sur l'imaginaire des fondateurs de la psychiatrie, Pinel (1745-1826) et Itard (1774-1838)

Pourquoi Itard, le fondateur de la psychiatrie de l'enfant, a-t-il
accroché dans sa salle à manger le Lion de Florence , fauve dévorant
un nourrisson sous les cris de sa mère ? Pourquoi Pinel, le médecin des
«folles» à la Salpêtrière, a-t-il choisi pour la sienne une gravure
représentant un jeune homme anorexique par amour, La Maladie
d'Antiochus ? Quelle folie infiltre la raison des deux pionniers de la
psychiatrie ?
La découverte des tableaux dont Pinel et Itard avaient décoré
leurs appartements donne accès à leur imaginaire. Sur la scène de
leur théâtre intime, les fantasmes sexuels se conjuguent avec les
convictions messianiques, les meurtres et les suicides s'entremêlent
aux séductions taboues, et les héros immortalisent l'excès de leurs
exploits et le comble de leurs malheurs. Les folies sanguinaires de la
Terreur, dont Pinel et Itard avaient été les témoins, les avaient
convaincus de l'intrication naturelle de la raison et de la folie dans
toute vie psychique.
Entre rêve et cauchemar, leur compréhension de la folie se
présente ainsi comme une interrogation sans fin sur l'archéologie de
la raison et la construction du délire. Questionner l'imaginaire de
ceux qui essaient de penser l'imaginaire des «fous», c'est se défaire
des folies de la raison et s'approcher des raisons de la folie.