Vers la paix perpétuelle

Vers la paix perpétuelle parut en
1795. L'ouvrage, qui eut un grand
succès, venait clore un mouvement
de rationalisation du droit
qui déterminait pour la paix
des normes universelles sans
égard pour l'identité culturelle
ou religieuse des parties en
présence. Il prolonge ainsi le
mouvement des théologiens juristes qui eurent à réfléchir aux aspects
juridiques de la conquête de l'Amérique, à laquelle la plupart des
historiens du droit international font remonter le développement
systématique du droit de la guerre et de la paix. Toutefois, en tant que
projet philosophique, l'ouvrage ne s'en tient pas à cette perspective, et
le présent commentaire s'attache à montrer comment Kant y opère
une synthèse entre deux traditions de pensée, la tradition juridique
qui insiste sur la dimension artificielle et institutionnelle de la paix, et
la tradition chrétienne, centrée sur l'idée de Providence, qui rapporte
au contraire la paix à un ordre supérieur à la volonté des hommes.
Le produit de cette synthèse est de rendre pensable une articulation
de la morale et de l'histoire qui puisse motiver les hommes à
s'engager pour la paix, comprise comme affaire de tous, citoyens ou
dirigeants, pour autant qu'ils sont doués de raison. Par le fait même
d'avoir écrit cet ouvrage, Kant oeuvrait ainsi à donner confiance
en la puissance pratique de la pensée pour former un type de
conscience capable de maintenir fermement sa motivation pacifique
contre toutes les formes de cynisme et de découragement.