Je regarde le vent : notes de la montagne et du jardin

«Nous sommes partis tard, juste quand les gens rentrent.
Profiter de la lumière dorée, de la brume traînante, le miroir
du ruisseau dans la pelouse. Je marche dans les pierres en
regardant par terre. Du calcaire gris, des nervures blanches,
des tranches d'ocre, les petites joubarbes serrées dans
les fissures. Des capuchons de dryades enveloppent les
rochers, leurs fruits plumeux sont comme irisés. Je marche
sans faire bouger les pierres, pour ne pas faire de bruit, pour
ne rien déranger de leur ordonnancement.
L'été est déjà fini. Quelque chose dans l'éclairage rasant,
dans la pureté du ciel. Des horminelles encore fleuries, des
carlines partout, les inflorescences sèches des arméries
blanches, un oeillet delta, les baies rouges des raisins d'ours
et des cotonéasters en tapis élastique. Marmottes.»