Pierre Bruegel l'Ancien

Devant la Parabole des aveugles de Bruegel, "image du destin", Dvorák est conduit à se poser les questions essentielles sur le but de l'existence, sur la puissance inexorable qui régit les destinées individuelles, tout autant que devant la Cène de Léonard ou le Jugement dernier de Michel-Ange.
Il a le mérite d'avoir été l'un des premiers à voir que Pierre le Drôle (v. 1525-1569), considéré depuis plus de trois siècles comme un simple peintre de paysans, a sa place parmi les plus grands du fait de son extraordinaire puissance, de la variété de ses sujets, de la création d'une "nouvelle notion intimement vraie (et infiniment poétique) de la peinture de l'humanité".
Comment Bruegel a-t-il réussi à libérer la peinture néerlandaise conventionnelle, bridée par les problèmes de la forme et la prépondérance de la religion ? Comment a-t-il appris à voir les hommes, la nature, la vie, non à la lumière des normes générales, mais tels qu'ils se reflètent dans l'imagination de l'artiste ?
Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de pénétrer plus profondément dans la conception de son art et c'est à cette recherche, qui relève autant de l'histoire de l'esprit que de celle de l'art, que va s'attacher l'auteur. Le voyage en Italie, le paysage, la composition, les personnages, la dernière manière de l'artiste vieillissant font l'objet d'une étude brillante sur un ton étonnamment moderne.