L'Empire libéral : études, récits, souvenirs. Vol. 1. L'Europe des nationalités : 1814-1830

"En 1815, il y eut en réalité deux vaincus : la France
et les peuples qu'elle avait affranchis des servitudes
féodales ou théocratiques. La France fut mutilée ; on
lui enleva ses frontières naturelles du côté des Alpes
et du Rhin ; on l'enferma dans une prison géographique
gardée de tous les côtés par des sbires dont on
était sûr, le roi de Piémont, la Prusse, la Confédération
germanique ; on créa expressément contre elle un
État nouveau, tête de pont de la coalition, dans lequel
deux millions de Hollandais furent placés sur la tête
de quatre millions de Belges.
Les peuples n'avaient pas été mieux traités. Ils
furent muselés, trahis, remis sous le joug despotique
dont nous les avions à peine émancipés et, sauf en
Pologne, on ne tint aucun compte des promesses de
liberté qu'on leur avait prodiguées pour les soulever
contre leurs véritables libérateurs.
La plainte universelle recueillie par Joseph de
Maistre se traduisait en accents pathétiques dans ses
lettres : "Jamais les nations n'ont été plus méprisées,
foulées aux pieds d'une manière plus irritante pour
elles. C'est une semence éternelle de guerres et de
haines tant qu'il y aura une conscience parmi les
hommes."