Cinéma & littérature : le grand jeu

Des écrivains affectent d'ignorer ou de mépriser le cinéma.
D'autres, par leurs propos ou par leurs écrits (notamment
des scénarios souvent demeurés "invisibles"), témoignent
d'une attirance incoercible, celle que la flamme exerce sur
le papillon. Cette passion s'est exprimée sous des formes
différentes, elle a pu être déçue, s'assagir, se trouver des
raisons, elle ne s'est jamais vraiment éteinte à travers tout
le XXe siècle. L'histoire de cette fascination (réciproque et
néanmoins asymétrique) faite d'amour et de haine, les allers-retours,
les rencontres, les allusions, les sous-entendus, les
références cachées, déguisées, l'usage du cinéma par les
écrivains, et inversement, constituent un vaste programme.
Godard dit qu'entre cinéma et littérature, «on est dans deux
trains qui se croisent sans arrêt», on peut entendre cette
image tout simplement comme une façon de rappeler que
les voies se croisent et se recroisent à la sortie des gares,
et qu'il se produirait ainsi des rencontres, des échanges,
des transferts qui font la matière de cet ouvrage, les erreurs
d'aiguillage non comprises.