Equinoxes rouges

Le meurtre en 1738 de Red Shoes, chef des Indiens choctaws, et celui
en 1991 du responsable politique de la tribu, Redford McAlester, donnent
à LeAnne Howe l'opportunité romanesque d'une subtile réactualisation
des traditions tribales. Des esprits, remontant aux mythes de la
Création, rejouent les mêmes combats pour les mêmes valeurs à travers
des acteurs humains ensevelis dans le grand cycle de l'Histoire. Au
XVIII<sup>e</sup> siècle, Shakbatina, danseuse Secoue-Coque-d'Écailles aux carapaces
de tortue, héritière de la tradition des Pacificatrices, donne sa vie
pour sauver celle de sa fille, épouse de Red Shoes. Des générations plus
tard, son esprit revient hanter les femmes de la famille Billy, ses descendantes
du XX<sup>e</sup> siècle : Auda accusée du meurtre de McAlester, en
prise avec les mafias tournant autour du casino de la réserve, et ses
soeurs. Un mystérieux passé est révélé par bribes à chacune d'elles. En
contrepoint, on voit défiler de curieux personnages comme Femme-Porc-Épic,
une vieille Femme-médecine qui se fait appeler Sarah
Bernhardt, ou encore cet agent de l'IRA, qui répond au nom de code
de James Joyce. Surréalisme et réalisme social, visions chamaniques et
quotidien terre à terre, histoire et mythe se mêlent ici de façon éméchée,
luxuriante, empruntant à des constructions qui peuvent évoquer
Sepulveda ou Garcia Marquez. Cette fresque littéraire - au thème
indien transcendé par la portée universelle du livre - nous propose
une fantastique immersion dans l'Amérique indienne semi-rurale d'aujourd'hui.
Elle touche à la tragédie shakespearienne revue à la lumière
des traditions choctaws.