L'alphabet des femmes : récits

Lorsqu'on a vécu six ans avec une femme et qu'un bel
après-midi elle entre dans votre chambre, tandis
qu'enveloppé dans un nuage de fumée vous martyrisez votre
clavier avec votre premier roman génial, et vous annonce
de la manière la plus banale qu'elle s'en va parce que tout
est fini entre vous, le choix des réactions est assez restreint.
Voici le renouveau de la tragédie sous la plume
ironique de Guéorgui Gospodinov, jeune et talentueux
écrivain bulgare qui, dans la médiocrité du quotidien,
révèle le sublime et le tragique de nos destins. Que ce
soit dans «L'alphabet des femmes», où l'interlocuteur
mêle en une seule passion trouble (et troublante) lettres
de l'alphabet et femmes de sa vie ; dans «La saveur des
noms», où il traite de l'importance de ce que nous ne
savons pas et de l'imaginaire des mots, ou dans «Les
états d'âme d'un cochon le jour de Noël», cochon
philosophe et poète, suspendu à un arbre, un couteau
dans la gorge, Gospodinov nous parle d'un monde où se
mêlent destin personnel et destin d'un peuple, et où la
dérision côtoie une immense tendresse.