Oralités subversives

L'oralité est un exercice de liberté, tant linguistique que sociale ou politique :
elle semble alors liée naturellement à la subversion. Pourtant il serait réducteur
de ne considérer les pratiques d'oralité que comme des actes essentiellement
libres, autonomes, autogénérés. L'oralité n'est pas en soi l'expression d'un
désordre, mais souvent sa mise en scène, régie par un ensemble de règles tacites ou
non. L'impression de liberté qui s'en dégage est alors le fruit d'une convention passée
avec l'auditoire, d'une connivence fondée sur le sentiment de partager un certain
nombre de valeurs perçues comme un réseau de contre-valeurs : valeurs fondatrices
d'un groupe social mais glissant dans l'oubli, valeurs de résistance au contrôle étatique
ou colonial, valeurs d'insubordination aux codes moraux, parentaux ou religieux,
ou de légèreté espiègle dans un cadre social contraignant... Si le lien entre
oralité et subversion paraît aller de soi, il convient alors de le mettre en question et
de dépasser les évidences.
Quelle place les diverses subversions (linguistique, politique, poétique, idéologique,
culturelle...) ont-elles dans la publicité d'une oeuvre ? Autrement dit, le caractère
de dissimulation, de secret, de confidentialité de la subversion a-t-il un paradoxal
effet de rayonnement qui met en lumière l'oeuvre littéraire qu'elle habite ? Comment,
par qui, pourquoi les subversions en question sont-elles inscrites et revendiquées
dans les textes ? Quelle est la teneur réelle du désordre intrinsèque à l'oralité,
sa portée, son efficacité ? La subversion n'est-elle toujours que clandestine, larvée,
destructrice, ne peut-elle devenir un modèle de pensée ?
Le CELICIF (Centre d'Etudes sur les Littératures et Civilisations Francophones)
de l'Université de Haute Bretagne (Rennes 2), enrichi de contributions
extérieures, s'intéresse ici à un corpus large, bretonnant, patois, arabophone, francophone,
anglophone... la subversion littéraire n'ayant guère de frontières.