La joie des barricades

En mai 68, il se passe quelque chose qui n'a pas encore
reçu de nom. De quoi s'agit-il ? Révolution ? Révolte ? Crise ?
Simulacre de révolution ? Mascarade ? Cirque ? «Chienlit» ?
Cet embarras à nommer a sans doute quelque rapport avec
les avalanches commémoratives qui se déclenchent, avec une
étonnante régularité, tous les dix ans. Ce que l'on ne peut pas
assimiler ou comprendre, on le commémore...
Mai 68 instaure une coupure temporelle inouïe et tranche radicalement
sur tout ce qui précédait. Mai 68 a changé le temps.
Rien de tragique, rien de pathétique, rien d'irrémédiable, et
pourtant quelque chose d'irréversible : une joie... Une joie a
explosé.
Des femmes et des hommes de tous les milieux, de tous les
âges, aux sensibilités les plus diverses, se sont retrouvés autour
du mot «révolution» et ont réveillé le mythe des barricades.
Du fond de l'histoire des révolutions populaires, un acteur est
revenu habiter la ville : le peuple.