Espoir d'un printemps israélien : à une amie palestinienne

Un ouragan s'est abattu sur l'Égypte. Je l'observe avec émotion,
douleur et inquiétude. Émotion, quand des milliers de
jeunes mettent leur vie en danger. Douleur, quand un vieux citoyen
embrasse la terre de la place Tahrir. Inquiétude devant
un avenir plongé dans le brouillard.
L'Égypte est un grand pays. La secousse que vit son peuple
fier ressemble à ce qui s'est passé en Tunisie et à ce qui commence
à se dessiner ailleurs, même si les choses sont très
différentes. En tant que femme du Proche-Orient, j'ai appris à
accueillir avec respect et patience le cri du coeur de citoyens
dans la détresse et j'ai compris qu'il est impossible de déchiffrer
des processus pris dans l'oeil du cyclone.
Les réactions hâtives de l'Occident trahissent une incompréhension
flagrante. Mais les plus révoltants de tous sont
notre Premier ministre et le ministre de la Défense. Dans
un processus qui entraîne Israël vers un enfermement dangereux,
les deux parties exploitent le moindre événement
pour éviter obstinément une paix israélo-palestinienne sans
laquelle il est impossible d'envisager une normalisation des
relations avec les pays arabes.
Nous autres, citoyens d'Israël juifs et arabes, nous vivons
dans une démocratie, mais elle est fragile. Le Proche-Orient
est une région complexe. Je crois que ceux qui sont revenus
sur cette terre doivent apprendre le langage de la force, mais
aussi celui de l'humilité.
Ces jours-ci, devant la stupidité arrogante de nos dirigeants,
je pense au vieillard du Caire. Comme lui, j'ai envie
d'embrasser le sol de mon pays et de pleurer. Et dans le même
temps, je refuse de perdre espoir.