De tous ceux qui sont morts : poèmes

« Une véritable voix est en train de s'affirmer, tour à tour grave et narquoise, inquiète et retorse. Sous forme de courtes séquences souvent narratives, vers et prose mêlés, cette voix raconte [ des histoires qui ] sont autant de rencontres avec l'inconnu. » C'est ce que Jacques Ancet écrivait d'Emmanuel Hiriart, à propos d'un recueil plus ancien, dans Aujourd'hui poème . Une voix, mais quelle voix ? C'est l'interrogation qui est au coeur de ce nouveau recueil. Voix du poète, du poème, une autre plus ancienne, venue d'une autre mémoire ?
Une voix
Double en secret
Ta parole et lui donne
Forme plus proche
De toi que ta conscience
Plus intime que ta nudité.
Qui d'autre pour l'entendre,
Ou quoi d'autre ?
Dans ce naufrage du temps.
C'est elle que ces poèmes nous invitent à écouter, comme le moine zen en quête de l'illumination cherche son visage d'avant la naissance, comme Hugo questionnait le moi antérieur à la vie ( « Le moi qui persiste après le réveil, c'est le moi antérieur et extérieur au rêve. Le moi qui persiste après la mort, c'est le moi antérieur et extérieur à la vie » ).
« Emmanuel Hiriart ne « parle pas de » , ajoutait Ancet. Il parle, simplement, et de ce qu'il ne sait pas dire, à travers ce mélange d'érudition souriante, d'impertinence, de distance émue et de rigueur sensible qui caractérisent sa poésie, il finit par le faire être. Et c'est alors comme une éclaircie »...