Les frontières de la mondialisation : gestion des flux migratoires en régime néolibéral

Depuis la fin de la guerre froide, le nombre de
murs, barrières ou clôtures a été multiplié par
cinq ; mis bout à bout, ils permettraient de parcourir
les trois quarts du périmètre équatorial
de la Terre. De nouveaux murs ne cessent d'être
construits, y compris en Europe. Pourtant, bien
des études s'accordent à répéter l'inutilité de ces
renforcements au regard des objectifs annoncés
de «sécurisation» de la frontière. La résurgence
du schème traditionnel de la frontière n'est-elle
qu'un effet de surface, une réaction spectaculaire
autant que vaine, le dernier sursaut d'une
souveraineté à l'agonie ? Comment penser
l'apparent paradoxe entre, d'une part, une incitation
permanente et généralisée à la mobilité,
une tendance à l'ouverture des frontières et,
d'autre part, la militarisation des frontières et
les mesures de lutte contre l'immigration clandestine
?
En se démarquant de la dichotomie fondatrice
du problème tel qu'il est généralement abordé
(la souveraineté des États opposée aux droits
des migrants, le sécuritaire contre l'humanitaire),
ce livre tente de dessiner la cohérence
propre d'une «rationalité» frontalière qui
s'élabore dans le cadre d'institutions de gestion
des migrations mondialisées. Se tenant au plus
près de pratiques et de discours hétérogènes
et souvent conflictuels, il met en résonance
les derniers travaux de Foucault portant sur le
néolibéralisme avec un riche matériel juridique,
sociologique et politique. Ces ressources permettent
de saisir la complexité et les transformations
de l'institution frontalière, soumise à la
pression institutionnelle et intellectuelle d'une
gouvernementalité managériale, sur un fond de
mondialisation essentiellement inégalitaire.
La mondialisation du marché du travail et le
développement du néolibéralisme forment le
cadre à l'intérieur duquel la frontière se dessine
comme mode de régulation des flux et instrument
de mise en mouvement différenciant. Au
regard de cette matrice génératrice de mobilités
inégalitaires, quelle est la généalogie, quelles
sont les continuités et les discontinuités du
«phénomène migratoire» ?