Witold Gombrowicz ou La mise en scène de l'homme relationnel

L'oeuvre de Gombrowicz, célèbre écrivain polonais traduit au niveau
international, a été mise en scène par les plus grands (Lavelli, Bergman,
Sjöberg...). Elle garde pourtant sa part d'ombre. L'étude des personnages
de son théâtre fait ressortir une nouvelle image de l'homme moderne.
Les voix, les silhouettes et les créatures mises en scène évoquent
l'identité morcelée de l'être piégé dans les interactions rituelles, enfermé
dans les rôles, empêtré dans le jeu des «gueules» imposées par le
regard de l'autre et la Forme sociale. Tout cela renvoie au quotidien du
monde actuel peuplé de Narcisses à la recherche de leur image, de leur
double, de leur moi, hommes pluriels privés de la légitimité qu'offrait la
transcendance. Le jeu perpétuel de l'homme-acteur, n'existant qu'envers
et pour l'autre, invite in fine le lecteur-spectateur à la régénérescence
d'un désir de fraternité. Ecrivain-penseur, Gombrowicz apparaît comme
un pionnier non seulement de l'existentialisme et du structuralisme,
mais également de la pensée contemporaine d'un Buber, d'un Ricoeur ou
d'un Girard. Il annonce l'apparition de la psychologie interactionnelle, de
la théâtralité du quotidien et du jeu des pulsions. La structure onirique
côtoie dans cette écriture le style grotesque transformant ces oeuvres
en paraboles philosophiques. Celles-ci proposent la participation du
lecteur-spectateur à la mise en scène de l'homme relationnel, et sa
contribution à la célébration ludique de l'humaine théâtralité.