Valéry face à ses idoles : et autres textes

Valéry face à ses idoles
Les seuls problèmes que Valéry ait affrontés en initié
sont ceux de l'écriture. Son culte de la rigueur se réduit à
l'effort vers un éclat abstrait du discours. Ne rien laisser
à l'improvisation ou à l'inspiration (synonymes maudits
à ses yeux), surveiller les mots, les peser, ne jamais
oublier que le langage est l'unique réalité ; telle est cette
volonté d'expression, poussée si loin qu'elle tourne en
acharnement aux riens, en recherche exténuante de la
précision infinitésimale. Il est difficile de se figurer une
langue plus épurée que la sienne, plus merveilleusement
exsangue.
Quelques rencontres
Pour deviner cet homme séparé qu'est Beckett il faudrait
s'appesantir sur la locution «se tenir à l'écart», devise
tacite de chacun de ses instants, sur ce qu'elle suppose
de solitude et d'obstination souterraine, sur l'essence
d'un être en dehors, qui poursuit un travail implacable et
sans fin.
Les débuts d'une amitié
J'ai rencontré Eliade pour la première fois en 1932, à
Bucarest [...]. Il était alors l'idole de la «nouvelle
génération». J'étais étonné qu'il pût approfondir le
Sankhya et s'intéresser au dernier roman. Depuis je n'ai
cessé d'être séduit par le spectacle d'une curiosité aussi
vivante, aussi effrénée.
E.M. Cioran