Le monstre n'est pas celui qu'on croit

Quel autre êtes-vous ? Ce thème, l'un des six sur lesquels ont écrit
les 52 stagiaires de cette nouvelle édition des ateliers d'écritures du
Prix du Jeune Ecrivain, est à lui seul tout l'art d'écrire. Car écrire,
c'est toujours vouloir se mettre dans une autre peau, expérimenter
d'autres vies, d'autres visions, se mettre à la place de ses personnages,
et imaginer de quoi sera fait demain. Le nouvelliste est un magicien
qui crée des mondes. A volonté, il fait entendre des musiques ,
tonitruantes ou assourdies, avec ses mots qu'il distribue au creux des
pages. S'il en a la fantaisie, il exorcisera la vie réelle en inventant
d'amères déceptions , mémorables râteaux amoureux, et il décevra
même la Faucheuse avec un peu de citron. Son pouvoir s'étend aux
quatre points cardinaux de l'univers de papier. Gare, cependant !
Cette peau qui n'est pas la vôtre, qui ne vous va jamais complètement,
ces sentiments, ces actes et ces paroles qui vous étonnent, bien
que vous les ayez décrits, formulés avec un bonheur troublant,
mettent parfois au jour des monstres, inquiétants ou goguenards,
terrifiants ou patauds, des destins bancals, des vies qui grincent et
raclent sur le sol.
Mais le monstre n'est pas toujours celui qu'on croit. C'est la malice
de l'écrivain de ne le révéler que tout à la fin du récit. Et avouons-le,
tout le bonheur du lecteur est de se laisser longtemps prendre aux
apparences.