Les sourires du sage : brèves d'écritoire

C'est, du propre aveu de son auteur, celui de ses livres à l'égard
duquel il éprouve le plus de tendresse, accompagnée d'une juvénile
jubilation. Wang Meng, qui sait être grave, confère une valeur
philosophique à la légèreté : on peut rire de presque tout, dit-il, et il
n'est pas de meilleure hygiène que de rire de soi-même. De là sont nées
ces petites histoires, qui ne sont pas sans rappeler celles d'un certain
Bertolt Brecht, et en même temps les contes zen, où la signification de
l'apologue appartient au lecteur.
Wang Meng glane, dans sa vie privée, des anecdotes pleines de
drôlerie (ainsi, son vieillissement le fait rire), dans sa vie d'ancien
ministre (de la Culture !), il trouve matière à rire et à réfléchir, verbes
qui, chez lui, ne s'excluent pas l'un l'autre ; enfin, dans sa vie de
citoyen chinois, témoin à l'esprit critique des bouleversements qui
s'opèrent dans la société au nom de la modernité, il n'a de cesse de
repérer les boiteries de l'Histoire et ne se prive pas de brocarder les
lourdauds qui du passé veulent faire table rase, au nom d'un aveugle
progrès.