Profil de la nuit : un itinéraire en poésie, 1956-2004

Ainsi commence, à la fin de l'enfance, mon itinéraire en
poésie. La poésie, je l'ai choisie comme une voie privilégiée
dans laquelle on s'engage pour une navigation au long cours,
une ascension au long souffle. Dès Terre Promise , le sort est
jeté : l'aventure humaine n'a d'intérêt que si elle se fonde sur
la parole. Le « qui suis-je pour l'autre » des premiers poèmes va
bientôt devenir le « puis-je être sans l'autre » de Malabata , pour
s'achever avec le « pouvons-nous être sans Dieu » du Coeur Révélé.
Telles sont les interrogations que le poète est amené à poser
selon un questionnement qui lui est propre, se plaisant davantage
à restituer quelque chose qui n'est plus ou à recommencer
une enfance, qu'à prouver ou démontrer quoi que ce soit.
Le contact déchirant avec ce qui ne cesse de s'abîmer dans
l'oubli l'érige en guetteur passionné d'une impossible survie,
en champion d'un combat contre le temps qui engloutit tout,
en chantre d'une épopée où l'homme en peine « des cieux
défunts » cherche à traduire ce qu'il ressent au moyen d'une
expression qui se veut quelque chose à servir. C'est la raison
pour laquelle il emprunte un itinéraire qui n'est pas habituel,
afin que les mots du poème s'agencent de façon telle que ce
qu'ils signifient les dépasse.