Ethnologie française, n° 4 (2005). Fermetures, crises et reprises

Hier, la fermeture des mines, des industries textiles du Nord et des
sites des bassins houillers de Lorraine annonçait une crise, le déclin
d'activités industrielles, et plus sûrement encore une mutation économique.
Aujourd'hui encore, des établissements ferment ou sont
délocalisés, dans le secteur privé comme dans le secteur public : des
usines comme Renault, Cellatex, Mossley, Levi's ; les Folies-Bergère ; la
bourse au Palais Brongniart ; des hôpitaux comme Boucicaut, Laennec,
Broussais, Hôpital européen Georges-Pompidou ; des musées comme
le Musée national d'Art d'Afrique et d'Océanie.
Mais que se passe-t-il vraiment quand se ferme un lieu de travail ?
C'est ce à quoi cherche à répondre ce numéro, qui vise à mettre en
lumière le processus à l'oeuvre : accompagner de plans sociaux, occuper
les usines, faire la grève, clore par des rituels, des fêtes et des contre-fêtes,
écrire et mettre en scène, donner une valeur patrimoniale à ces
lieux de vie. Ces actions semblent opérer comme un remède qui fait
oublier, se souvenir, sortir du silence, reconstruire son identité. Paroles
et images restent parfois les seules traces après la fermeture des sites
qui sont tantôt rachetés, tantôt laissés à l'abandon ou détruits, devenant
ainsi les supports du mythe d'un âge d'or.
Les fermetures ne sont donc pas uniquement synonymes de disparitions
; elles renvoient aussi à des ouvertures, à des créations : le
«nouveau» fait écho à l'«ancien», le présent s'élabore sur le passé.