Les fédérations sportives : le droit administratif à l'épreuve des groupements privés

La jurisprudence relative aux groupements privés édictant des actes
administratifs n'est pas nouvelle. Concernant les fédérations sportives, l'affaire
Fédération des industries françaises d'articles de sport de 1974 constitue le point
de départ d'une jurisprudence constante. Pourtant, une étude sur la qualification
jurisprudentielle des fédérations sportives est porteuse d'enjeux pour la connaissance
du droit administratif contemporain.
Ainsi, il ressort de l'analyse des fédérations sportives que leurs prérogatives sont
endogènes et que leur statut est hétérogène. Invoquer le caractère endogène des
prérogatives fédérales revient à contredire la jurisprudence sur les fondements de
l'acte administratif unilatéral édicté par ces groupements. De même, réfléchir sur le
statut hétérogène des fédérations enrichit le débat relatif à la classification des
institutions administratives dans notre système juridique. Dans les deux cas, il
apparaît un décalage entre les spécificités des fédérations sportives et les notions
employées par le Conseil d'État pour les soumettre à sa juridiction.
Par une recherche sur l'évolution de la qualification des fédérations sportives en
droit administratif, certaines notions-clefs de cette matière - prérogatives de
puissance publique, service public, personne privée chargée d'une mission de service
public, et autorité administrative - font l'objet d'une lecture renouvelée. En outre, les
notions d'exorbitance ou d'organisme administratif contribuent à étoffer «l'herbier»
conceptuel mis à la disposition du juge. Les fédérations sportives constituent ainsi un
terrain d'observation privilégié du droit administratif.