Jean Cocteau, le seuil et l'intervalle : hantise de la mort et assimilation du fantastique

Dans l'édition de poche des Enfants terribles , en quatrième de
couverture, le roman est présenté comme un «conte fantastique»,
et les guides des spectacles parisiens classent volontiers Le Sang
d'un poète dans la catégorie «film fantastique». Cependant, Jean
Cocteau et son oeuvre brillent par leur absence dans les nombreuses
histoires et anthologies de la littérature fantastique de langue
française. Cette absence trouve sa justification dans le caractère
fuyant et inclassable des oeuvres de Cocteau, au fil des différents
domaines artistiques qu'il a abordés. Pourtant, il existe des liens
profonds et objectifs entre les hantises coctaliennes et celles dont
faisaient preuve les auteurs fantastiques français du XIX<sup>e</sup> siècle,
Nerval et Gautier parmi d'autres. Après une introduction qui fait le
point sur la critique relative à la littérature fantastique, cette étude
se divise en deux parties, dont la première explore la biographie de
l'auteur pour mettre en relief la série de deuils qu'il a subis dans ses
années de formation, et le rôle que ces pertes ont joué dans son
imaginaire créateur. La deuxième partie examine les thèmes et les
motifs coctaliens que l'on peut détecter aussi chez les auteurs de la
littérature fantastique «classique». Cocteau théorise l'existence de
deux univers apparemment inconciliables, ainsi que la possibilité
d'en forcer le seuil, grâce, par exemple, au sommeil et à l'opium.
Ainsi décrit-il, de manière aussi détaillée que possible, le royaume
de l'au-delà et les êtres qui l'habitent, parmi lesquels l'ange et la
statue animée sont définis en tant qu'émissaires de l'ailleurs. On
s'interroge enfin sur la nature des rapports entre l'oeuvre de Cocteau
et la catégorie esthétique du fantastique.