Le culte de la charogne : anarchisme, un état de révolution permanente (1897-1908)

Tu te plains de la police, de l'armée, de la justice, des
administrations, des lois, du gouvernement, des spéculateurs,
des fonctionnaires, des patrons, des proprios, des salaires, du
chômage, des impôts, des rentiers, de la cherté des vivres et
des loyers, des longues journées d'usine, de la maigre
pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des
iniquités sociales. Tu te plains, mais tu veux le maintien du
système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour
recommencer toujours. Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu,
sers-tu ? Pourquoi es-tu l'inférieur, l'humilié, l'offensé, le
serviteur, l'esclave ? Parce que tu es l'électeur, celui qui
accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin, sanctionne
toutes ses misères, consacre toutes ses servitudes. Tu es le
volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin,
le chien léchant le fouet. Tu es le geôlier et le mouchard. Tu
es le bon soldat, le locataire bénévole. Tu es l'employé fidèle,
le serviteur dévoué, l'ouvrier résigné de ton propre esclavage.
Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?