La montée en puissance des Etats-Unis : de la guerre hispano-américaine à la guerre de Corée 1898-1953

Au cours de la première moitié du XX<sup>e</sup> siècle, les États-Unis
ont progressivement éclipsé la Grande-Bretagne et son
empire au terme d'une rivalité, que seuls les observateurs les
plus lucides ont pressentie, qui débute avec la guerre hispano-américaine,
la perte de Cuba par Madrid et l'acquisition par
Washington des Philippines, de Guam et de Porto Rico.
C'est dès 1945 que l'Amérique s'est imposée, et de loin,
comme le leader des démocraties industrialisées. Seul pays à
détenir alors l'arme nucléaire mais aussi à ne pas avoir souffert
économiquement des hostilités, elle disposait des deux tiers
des réserves d'or et des trois quarts des capitaux investis dans
le monde, de plus de la moitié du potentiel industriel et de la
flotte de transport de la planète et d'un PNB déjà égal à trois
fois celui de l'URSS et cinq fois celui du Royaume-Uni. Sous
cet aspect, c'est à cette date que la suprématie américaine a été
la plus écrasante même si, comme on le sait, son exercice s'est
vu très vite compliqué et handicapé par la détermination de
l'URSS à l'entraver.
Dans les quelque soixante années qui ont suivi la disparition
du III<sup>e</sup> Reich et la reddition du Japon, la position relative
des États-Unis a beaucoup moins changé qu'elle ne l'avait fait
dans le demi-siècle qui avait précédé. L'émergence du «siècle
américain» est, en effet, le résultat d'une formidable mue qui
voit les États-Unis se métamorphoser d'une république où
l'Europe exile ses diplomates les moins doués, en puissance
tutélaire des démocraties, siège des Nations unies et centre
d'un système impérial d'un nouveau type qui s'étend bientôt à
l'Europe et à l'Asie.