La contre-heure

«Au milieu de la classe, une petite coiffée d'un chou marron le fixait
derrière un épais binocle en tremblant. Elle expectorait de temps
en temps un nom grec ou latin quand Gilles posait des questions
d'étymologie ou de mythologie, avec une parfaite exactitude, avant
de retomber dans son mutisme frileux. Gilles aimait bien les grosses
maghrébines blondes qui ne comprenaient rien, qui lui soutenaient
que le mot «aléa» n'existe pas, qui lui parlaient de l'allégorie de la
Caserne si ce n'est de la Taverne, mais témoignaient les unes aux autres
une telle amitié généreuse, et une telle joie de vivre, qu'il en était ému.
Elles le maternaient et le respectaient profondément. Il le leur rendait
bien. Colmatant les brèches, les autres gamines menaient une vie
végétative, hagarde.»
Gilles est professeur de philosophie dans un lycée. Il est séduisant,
brillant, un brin iconoclaste, témoin halluciné de la médiocrité
moderne. Ce jour de rentrée commence bien mal puisque Victoire,
une élève de première, s'est défenestrée du troisième étage du lycée.
Une nouvelle année de débâcle dans les couloirs de l'Éducation nationale
? Une jeune femme aux yeux verts y apparaît pourtant, qui pourrait
changer le monde. D'une écriture claire et féroce, Sébastien Hoët
réussit un premier roman à la forte personnalité, qui, avec intelligence
et humour, n'épargne pas grand monde.