Le voile rouge

«Je viens d'un monde où l'adolescence n'existe pas.
L'insouciance qui, d'habitude, protège les enfants d'une réalité
âpre nous quittait trop vite. Je l'avais ressenti très tôt, peut-être dès
l'âge de dix ans, dans les regards de mes camarades. Chaque mois
qui passait voyait disparaître un peu de l'innocence qui pétillait
dans nos yeux. [...]
Partir loin, très loin, là où nous aurions de quoi manger à tous les
repas ; là où nous pourrions mettre des habits propres tous les
jours ; là où nous aurions de l'eau à profusion pour nous laver et
boire jusqu'à plus soif...»
Le narrateur grandit dans un quartier pauvre d'Oran. Il considère
qu'il n'a pas d'avenir dans une société où la misère le dispute à la
corruption. À quinze ans, prêt à affronter tous les périls, il part
pour la France, où il vit d'expédients en expédients la vie des
sans-papiers. Après deux ans de galère, à un moment où son sort
semble s'améliorer, un voile rouge s'abat sur ses yeux. À la cruauté
de l'exil s'ajoute celle du handicap, mais une volonté hors du commun,
un don inné des mathématiques lui permettront de dépasser
la double douleur de la cécité et du rejet par une société trop
souvent xénophobe. Il découvre alors la richesse de la littérature,
la force de l'amour et se fait l'auteur de son propre destin.
Écrit dans une langue simple et nerveuse, traversée parfois
d'éclairs de poésie, Le voile rouge est un récit brut, dont la dureté,
jamais gratuite, reste toujours au plus près d'une humanité
profonde.