La couleur de la guerre : récits

«Arkadi Babtchenko est un oiseau rare : un soldat qui sait écrire, et
faire passer par les mots l'intensité même de l'expérience vécue. Ses
récits, secs, froids, crus, dépouillés, transmettent insidieusement au
lecteur le sentiment de l'horreur et de la terreur pures qu'est la vie
d'un soldat russe en temps de guerre, l'horreur et la terreur générées
par une armée qui broie autant ses propres hommes que ses ennemis.
Babtchenko ne se rebelle pas, ne dénonce pas, ne juge pas, ne condamne
pas : il montre, et cela suffit.»
Jonathan Littell
Les treize récits rassemblés dans La couleur de la guerre nous livrent
une vision sans fard de la guerre en Tchétchénie. Les atrocités commises
entre ennemis mais surtout le délabrement absolu de l'armée russe sont
au centre de l'écriture d'Arkadi Babtchenko. Avec force et sobriété, il
évoque les violences entre «camarades», l'alcoolisme, la faim, la saleté
et, surtout, la corruption. Car tout le monde vend ce qui est vendable -
y compris des armes et des munitions - à l'ennemi tchétchène, pour se
procurer de la nourriture ou de l'alcool. L'armée russe rassemble des
épaves humaines pataugeant dans la boue, couverts d'excréments et de
poux, sans solidarité entre des individus qui ne savent plus pourquoi ils
se battent. Les récits du jeune soldat Artiome, alter ego de l'auteur, sont
à cet égard d'une noirceur absolue et soulignent en même temps l'étrange
fascination qu'exerce sur les hommes cette descente aux enfers.
Grâce à son talent littéraire, Arkadi Babtchenko nous offre bien plus
qu'un témoignage : La couleur de la guerre est un tableau saisissant du
désespoir et de la déshumanisation, un livre indispensable sur la condition
humaine.