Cliniques méditerranéennes, n° 76. Médecine, éthique et psychanalyse

De la greffe récente du visage qui a suscité la curiosité de l'opinion et
des médias à la réanimation des grands prématurés, et l'annonce
d'un diagnostic de maladie grave, la notion d'éthique se trouve promue
face aux progrès manifestes et nécessaires des techniques médicales.
Les comités et instituts d'éthique se multiplient pour tenter de border ce que
le médical peut faire dans le réel du corps et ce que le clinicien peut
entendre d'un désir inconscient.
Comment comprendre aujourd'hui le nouage entre acte médical, une volonté
de régler ou de contrôler cet acte, et la demande d'un sujet en souffrance
psychique et corporelle ?
L'éthique est-elle du côté du sujet désirant ou du côté de l'ethos ? D'un
vivre-ensemble qui ne peut qu'assujettir le désir à un partage communautaire
et à un réglage de la jouissance ? En ce cas, l'éthique se juxtaposerait-elle
à une forme de morale qui norme les règles d'une loi commune ? Quelle
est la place du désir du sujet et ses destins pulsionnels lorsque, pris dans le
possible d'un acte médical et libéré par une parole pleine, il est aux prises
avec les contours et les bords de l'éthique ? L'éthique se décrète-t-elle ? Ne
serait-elle pas alors elle-même l'instrument d'un discours politique pris dans
un système de santé normée ?