Africanisme : la crise d'une illusion

Taraudé par un passé colonial qui passe mal en France,
l'africanisme se targue ad libitum d'observer le continent africain
du point de vue de Sirius. Son but essentiel, cependant, semble
avoir été d'anthropologiser les Africains tout en contribuant à
dilater les dimensions de l'Hexagone. Une discipline ectopique,
qui n'aurait dû se borner qu'à un «regard d'appoint» et laisser les
Africains se réinventer eux-mêmes en générant leurs propres
savoirs, l'africanisme a eu, au contraire, l'ambition d'expliquer
l'Afrique aux Africains eux-mêmes. Écrite à l'aune d'une France
qui n'a jamais cessé de considérer l'Afrique comme tout ensemble
le miroir de sa grandeur et le «cul-de-sac du monde», la
«science» africaniste n'a su remettre en question les linéaments
de la politique foccartienne de la France en Afrique. Cet ouvrage
interroge donc le sens du savoir sur l'Afrique généré par
l'africanisme en France et les imbrications entre ce savoir et le
pouvoir désormais contesté du modèle (post)colonial français
aussi bien en Afrique que dans les banlieues françaises où vivent
en grand nombre les descendants des sujets français d'Outre-mer.