Mutuelle des motards : chronique d'une utopie en marche

Réputés incontrôlables et «inassurables»,
principaux boucs émissaires de l'hécatombe routière, on ne
leur donnait pas six mois pour plier boutique. C'était il y a vingt
ans : doublement proscrits par la politique publique et la loi du
marché, quarante mille motards répondaient à l'appel de la
FFMC (Fédération Française des Motards en Colère) et
créaient leur propre mutuelle. Pour la première fois de l'histoire,
une société d'assurance venait de constituer son fonds
de garantie dans la rue, récoltant dix millions de francs au
terme d'une mobilisation militante sans précédent.
Sinon un canular, du moins un feu de paille aux
yeux des géants de l'assurance : le réalisme économique
renverrait bientôt ces délinquants casqués, ivres de vitesse, à
leur folklore autarcique. Erreur funeste. Vingt ans après les
premiers contrats souscrits par une poignée de bénévoles sur
le coin d'une table, en marge du Bol d'Or, les «délinquants
casqués» ont gagné leur pari. Avec 160 000 sociétaires, la
mutuelle des motards s'impose aujourd'hui comme une
actrice reconnue de l'économie sociale, et une référence dans
le secteur de l'assurance.
Au lendemain de Mai 68, à la veille de Mai 81,
cette enquête débute dans une France à la croisée des chemins,
une France où le motard - allégorie du blouson noir
motorisé - n'a pas sa place. Des manifestations spontanées
contre la politique motophobe des pouvoirs publics aux
premières prises de conscience collectives, du refus du
modèle économique dominant à la création d'un système
basé sur la solidarité, ce livre retrace une aventure humaine.
Celle de militants marginalisés et sans expérience devenus
les pionniers du mutualisme moderne.