Un jour, j'ai dû marcher dans l'herbe tendre

Un jour j'ai dû marcher dans l'herbe tendre...
Un village dans l'ombre et une tante qui ne parle pas du passé : c'est dans
ce monde que, du jour au lendemain, Maïa se retrouve plongée. Avec la
mort prématurée de sa mère biélorussienne, c'est aussi sa langue qui
se perd. Maïa ne comprend pas la tante qui désormais s'occupe d'elle.
Dans la maison isolée, il n'y a pas beaucoup de distractions pour cette
petite fille introvertie. Marek, un ancien travailleur forcé polonais, est le
seul chez qui elle trouve chaleur et affection. La musique de la langue
qu'il parle réveille en elle les souvenirs de ses propres racines oubliées,
de la langue perdue de sa petite enfance :
« Je ne suis pas revenue, je n'ai pas pu, on m'a donné une matriochka
qui ressemble beaucoup à la vieille, à celle que ma tante peut-être avait
cachée ou jetée. Je l'ai ouverte et j'ai posé toutes les poupées les unes à
côté des autres. Des scènes de conte sont peintes sur leur ventre, mais
maintenant, lorsque ces histoires me reviennent en mémoire, cela me rend
triste. En même temps que ma mère, j'ai perdu ma langue, les phrases
pour souhaiter bonne nuit et les phrases pour consoler, ces paroles qui
berçaient comme une douce vague, cette langue comme une île qui
n'existait que pour nous deux et sur laquelle nous voguions à travers la
ville, de la boulangerie au terrain de jeux. Un seau, une pelle, un petit
pain, je ne me souviens plus avec quels mots allemands je suis arrivée
chez ma tante. Et à présent : des phrases pour consoler qui viennent du
dictionnaire, des phrases pour consoler enregistrées sur magnétophone,
mais le bercement n'est plus là, les phrases restent oubliées. »