Entre Argonne et Champagne : pèlerinages de guerre

Autour des églises, les campagnes refleuriront, les reliques
des héros ne peuvent-être abandonnées, ni les terres saintes
de France devenir un désert infécond ; le laboureur de
France y sèmera encore d'opulentes moissons ; les jeunes
filles de France veilleront sur les tombes et y apporteront
des fleurs ; les enfants de France, de beaux petits gars à
l'oeil clair, à l'allure martiale, les salueront avec émotion en
revenant de leurs jeux guerriers. Des mères, des épouses,
des soeurs, des fiancées viendront s'agenouiller et baiser la
terre sacrée. Des larmes perleront à leurs yeux, mais leurs
coeurs ne se révolteront point, car «vraiment cela vaut bien
la peine de mourir pour un beau pays comme celui-là, pour
«la douce France devenue la sainte France». Nulle part
elle ne s'est révélée comme au front : nulle part comme
dans un cimetière du front, on n'apprend à la connaître et à
l'aimer ; nulle part on n'entend aussi bien le cri sublime des
vivants et des morts : «Comme c'est beau, la France !»