Les carnets de Marie-Louise Vaissière

À la veille de la Seconde Guerre mondiale,
Marie-Louise Vaissière, jeune institutrice, noircit les
pages de ses carnets. Cette femme, affranchie de toute
idéologie et de tout dogme, fait feu de tout bois :
littérature, cinéma, religion... sont passés au crible
de sa plume. Quand viennent les années troubles de
la guerre, elle plonge son regard sans concession sur
la société de son temps et livre un témoignage captivant
de la vie sous l'Occupation. Toujours critique, jamais
complaisante, cette femme fière de ses opinions offre
l'histoire atypique de sa destinée...
Je reprends pied il me semble. Après être allée bien bas dans
la torpeur, l'anéantissement. Je me redresse et regarde ma
destinée en face. Si ce que j'écris n'a aucune valeur aux
yeux du monde, qu'importe s'il a pour moi une valeur de
réconfort. S'il est pour moi surtout une discipline. Oui je
crois bien que je conserverai cette habitude d'écrire tant
qu'elle me sera une discipline morale. Mieux vaut cela
qu'aller me coucher à 7 heures du soir comme j'ai fait
ces jours-ci. Ce travail d'élocution ridicule et piètre pour
plusieurs me servira à me montrer active. Sera une lutte
contre l'inertie, la rouille des jours. Il ne s'agit pas de ne
point souffrir mais de s'enlever hors de sa souffrance.