Le principe de précaution : essai sur l'incidence de l'incertitude scientifique sur la décision et la responsabilité publiques

Aux termes de la loi française du 2 février 1995, le principe de précaution
est celui «selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des
connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder
l'adoption de mesures effectives et proportionnée visant à prevenir un
risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement, à un coût
économiquement acceptable».
A partir de l'étude de son application par les juges international, européen
et français, sera vérifiée une série d'hypothèses sur le champ d'application
et la fonction de ce nouveau principe, sur lequel il existe déjà un
nombre important de contributions doctrinales.
S'il fut d'abord un principe directeur du droit de l'environnement, le
principe de précaution intéresse désormais le droit de la santé et plus
généralement le dialogue du droit et de la science. Souvent assimilé au
principe de prévention, il n'en est pas moins un principe juridique autonome
qui oriente le processus public de décision, dans le sens d'un encadrement
pragmatique de risques précis, en situation d'incertitude scientifique.
A l'heure actuelle, le principe de précaution ne témoigne pas encore
du passage à un nouvel «âge» du droit de la responsabilité. A l'inverse,
il représente un élément du contrôle de légalité effectué par les juges communautaire
et administratif.
En définitive, le principe de précaution s'adresse à l'Etat et contribue
à une évolution importante de la maîtrise collective des risques.