Passé recomposé

Passé recomposé

Passé recomposé
Éditeur: Ours blanc
2011117 pagesISBN 9782914362443
Format: BrochéLangue : Français

Passé Recomposé a été écrit par mon père, Roger Cherrier, militant

syndicaliste et communiste, né en 1928 et mort en 2009. Ce récit autobiographique,

partiel (de 1928 à 1945), relate à la fois les évènements

historiques tels que mon père les a vécus dans sa famille communiste, et

la vie quotidienne dans le Berry. Son père, arrêté une première fois avant

la rupture du pacte germano-soviétique, puis déporté à Sachsenhausen,

sa mère arrêtée et internée, il reste seul avec sa grand-mère et son petit

frère, chargé de lourdes responsabilités. Tranche de vie terrible qui ne

l'a pas empêché de rester jusqu'au bout cet homme engagé, sensible et

cultivé qui m'a tant apporté.

Pascale Cherrier.

«... on ne trouvera pas dans ces lignes autojustification, emphase hagiographique,

réécriture d'histoire. Des faits, seulement des faits, et le souvenir, «recomposé» au plus

juste de l'empreinte qu'ils ont pu avoir sur un jeune garçon. Roger Cherrier qui écrit

est un homme qui ne se pose pas en modèle, qui se sait héritier, et qui se sait libre en

même temps. L'ouvrage est suspendu à la Libération, qui est pour Roger bien sûr

porteuse de bonheur et de retrouvailles, mais aussi qui lui ouvre les yeux sur bien des

récupérations opportunistes, et qui le laisseront sans illusions sur la réalité de la lâcheté

des plus faibles et de la haine des puissants.»

Extrait de la préface de René Merle.

... Mais très tôt, ce que j'aime le plus, c'est le 1<sup>er</sup> mai à la Bourse. Je tiens papa par la main quand

il fait tamponner sa carte syndicale par un camarade à moustaches qui ne plaisante pas, mais

dont les yeux s'éclairent quand il serre les mains d'une poigne vigoureuse. Et les églantines rouges

s'épinglent au fil des années au Calendrier des Postes. Il fait un ciel menaçant en 1934 quand

nous arrivons à la Bourse. Dans la grande salle glaciale, après des prises de parole sans micro,

applaudies, j'entends l'Internationale , l'Inter, que je n'ai jamais pu écouter sans émotion, gorge

nouée et larmes dans les yeux. Les gars déroulent une banderole et déploient les drapeaux rouges.

Ils vont sortir malgré l'interdiction. Ils sortent. En face, au fond de la place, des hommes à cheval,

casqués, attendent immobiles... L'officier, soudain, met le sabre au clair. «Chargez !». Ils

foncent. C'est la houle des drapeaux. À nouveau l'Inter. Les gars refluent. Sur le terre-plein,

nous, les familles, les femmes et les enfants, nous regardons. Des copains reviennent chercher

des chaises pliantes pour les foutre sur la gueule des flics. Coco, le gérant du café, est d'accord.

Il s'en fout des chaises. Tous les camarades regroupés reviennent. Et encore l'Inter. J'ai eu

la trouille pour eux, pour papa, pour mon oncle. Je serre la main de maman. J'ai six ans. Je

n'oublierai jamais. ...

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