Madeleine Vionnet, ma mère et moi : l'éblouissement de la haute couture

« Madeleine Vionnet, ma marraine, et
Marcelle Chaumont, ma mère, ont créé et dirigé la plus
grande maison de haute couture d'avant-guerre, à Paris.
Elles m'ont éduquée dans le luxe, mais aussi l'exigence.
Je devais exceller en tout, à l'école, aux cours de maintien,
dans mon apparence. À leur image... Dès mes trois ans, j'ai
assisté aux collections et peu à peu j'ai pris conscience de la
grandeur de ce travail accompli par une ruche de douze cents
employées, dans une discipline quasi militaire, pour créer et
reproduire plus de mille modèles par an. Reste que je ressentais
la futilité de ce monde aujourd'hui disparu. Une femme ne
valait-elle que par ce qu'elle portait ? Ces chiffons sublimes
pouvaient-ils consoler certaines d'avoir dû renoncer à un
métier, à une vocation, à leurs rêves d'autonomie ? Derrière
cette coûteuse élégance
se menait en sourdine un
combat. C'est cette histoire
ambiguë de femmes en
marche vers leur libération,
d'une mode à l'autre, que
j'ai voulu raconter. J'en fais
partie. »
Madeleine Chapsal