Une enquête de Marie Machiavelli. Le sourire de Lisa

Anne Cuneo utilise ainsi les codes du polar pour
poursuivre, sur un mode mineur très plaisant, son
grand oeuvre d'appropriation du réel. Partie du récit
autobiographique, virant dans le roman solidement
ancré dans notre époque, elle aboutit aux vastes
fresques historiques autour des personnages réels
aux données incertaines (Shakespeare et ses
contemporains, le musicien Tregian). Entre deux
projets au long cours, elle commet les enquêtes de
Marie Machiavelli, qui lui permettent de revenir à la
Suisse (et de jeter des passerelles entre Romandie et
Alémanie, et entre générations). Le Sourire de Lisa lui
offre ainsi l'occasion, en rouvrant un dossier judiciaire
vieux de vingt ans, d'explorer les mentalités et leurs
changements en une génération.
Question de départ : un garçon de neuf ans peut-il
avoir abattu une jeune fille et instantanément effacé
ce drame de sa mémoire ? Convaincue que les choses
se sont passées ainsi puisque police et justice l'ont dit,
la famille du garçon le condamne moralement.
Devenu adulte, il doit savoir, et Marie Machiavelli
relève le défi. Elle refera cette enquête impossible.
Grâce à un second degré maîtrisé, tout se passe sans
didactisme, au fil d'une intrigue habilement nouée, et
somme toute suffisamment crédible pour qu'elle se
dénoue sans qu'on ait tout compris à mi-parcours.
Comme de surcroît le livre est confectionné avec soin
sur un papier splendide, le plaisir est constant.
Jacques Poget
24 Heures