Variations, n° 1 (2005). Barbarie, résurgences, résistances

Barbaries, résurgences, résistances tente de mettre en relation trois dimensions qui
perturbent l'imaginaire de la modernité libérale, des missions occidentales civilisatrices
et de l'idéologie du progrès. Les formes actuelles de la barbarie vont du
terrorisme à la torture, de la mondialisation capitaliste au mépris quotidien, de
l'antisémitisme à l'homophobie et de l'état de guerre au règne de la peur. Elles
révèlent autant de résurgences d'un passé fait d'expropriations, d'exploitations, de
régressions fascistes, staliniennes, obscurantistes et sadiques.
Jean-Marie Vincent vous livre un essai sur les ressorts actifs de la barbarie, au
sein même de nos sociétés éclairées et civilisées. Denis Berger et Alex
Neumann mettent en perspective trois thèmes : la critique du capital et du fétichisme
de la marchandise ; la critique de l'État et des bureaucraties ; la critique
des idéologies et théories traditionnelles. Jean-Marie Vincent revient sur le
«grand mouvement social» du printemps 2003. Il en explore les limites pour
permettre un dépassement, qui concerne in fine toute l'histoire du mouvement
ouvrier depuis l'après-guerre. Bertrand Geay montre comment la sociologie
critique peut affronter la demande conformiste de l'État, afin d'examiner les raisons
sociales de l'échec scolaire et de la violence à l'école. Alain Bertho accuse
le passage d'une démarche pédagogique à une posture répressive, dont le sens
politique réside dans le conditionnement des déshérités à une guerre de tous
contre tous. Jean-Claude Paye et Gilbert Achcar signalent l'extension impériale
des États-Unis, le premier en analysant les dispositifs judiciaires et administratifs
qui garantissent la vassalité européenne, le second en décrivant la visée
hégémonique de l'empire nord-américain au niveau stratégique et militaire. La
partie consacrée au débat invite à (re)lire Le Capital , dont la pertinence apparaît
presque chaque jour. Le dialogue entre Antoine Artous et Tran Hai Hac s'établit
sous la forme d'un échange de courriers, introduit par Jean-Marie Vincent.
Trois textes hors-champ tentent de transgresser les frontières de l'idéologie :
Maria Eleonora Sanna par le recours à Foucault, Emmanuel Valat par la promesse
utopique et Gérard Da Silva par le rire perturbant de Rabelais. Tous trois
posent la question de l'imaginaire politique.