La musique en bandoulière

Après Le Sonneur des halles , Daniel Cario poursuit la grande saga des
musiciens bretons au carrefour de la tradition et de la modernité.
Le sonneur de bombarde Fañch Lharidon a eu un fils, que sa condition
misérable ne lui a pas permis d'élever. En grandissant, Yves rejettera tout ce que
l'existence de son père pouvait véhiculer d'archaïque. Sa musique en particulier,
celle des couples de sonneurs courant le cachet dans les fêtes rurales.
Yves a choisi l'accordéon, la «boîte du diable», l'instrument qui a le vent en poupe
en ce début de XX<sup>e</sup> siècle. Comme tous ceux de sa génération, au retour des tranchées,
il est avide de modernité, perméable aux changements. Les années folles le
verront courir les dancings à la mode de Lorient, Port-Louis, villes ouvrières en
pleine expansion, avec leur lot de bouges mal famés. Le jazz-band d'Yves jouera ses
polkas, mazurkas, tangos et les danses kof ha kof - ventre à ventre ! - pour des
parterres de marins en goguette.
Pourtant, un certain renouveau du folklore breton se dessine. Importation des
bagpipes , premiers bagadoù, associations culturelles et militants politiques. Cet
arrière-plan accompagnera Yves Lharidon au-delà de la guerre suivante, où
l'Occupation laissera de cruelles cicatrices.