L'enfance abandonnée et délinquante dans la Russie soviétique : 1917-1937

Le problème social des enfants abandonnés connut une ampleur
sans précédent dans la Russie soviétique des années vingt et trente, et,
depuis lors, il n'a cessé de marquer l'histoire de la société soviétique.
Après la guerre civile et la famine de 1921, des bandes d'enfants sans
famille commencèrent à se déplacer dans le pays à la recherche d'un
bout de pain. Ce phénomène inquiétant constituait cependant une
grande occasion pour éduquer «l'homme nouveau» communiste. À
cette époque, les dirigeants politiques et les juristes, les psychologues,
les psychiatres et les théoriciens de la pédagogie en débattirent : un
terrain idéal leur offrait une chance d'expérimenter des théories
révolutionnaires concernant le façonnement de la société communiste.
Cet ouvrage traite de l'évolution de la question sur une période de
vingt ans, et de la complexité des débats et des réformes mises en place
par le nouvel État soviétique pour le contrôle de ce problème social du
point de vue théorique et pratique. Adoptant une approche
interdisciplinaire, il dévoile aussi bien le quotidien de ces enfants
abandonnés que les différentes réformes élaborées par l'État
soviétique. Il contribue ainsi à comprendre la spécificité du régime
communiste par rapport au régime nazi dans le traitement de la
déviance.
Son mérite principal n'est pas seulement d'avoir découvert dans
les archives de nombreux aspects inédits de l'histoire de l'enfance
soviétique, mais aussi d'avoir ouvert la «boîte noire» du
fonctionnement de l'État soviétique. Il montre le lien entre les
nouvelles réformes soviétiques et les modalités du financement de la
prise en charge des enfants abandonnés. Il révèle ainsi comment la
crise économique de la fin des années vingt a effacé les conquêtes de
la Révolution et a contribué à la mise en place du système totalitaire
stalinien.