J.-J. Lefranc marquis de Pompignan, poète et magistrat (1709-1784) : étude sur sa vie et sur ses oeuvres

Ce qui étonne le plus dans cet auteur, c'est la multiplicité de ses
talents et de ses aptitudes, l'étendue de ses connaissances, le
nombre et la variété de ses écrits. Il possédait une littérature vaste et
profonde qui embrassait tous les âges et tous les pays. L'étude des langues
et littératures anciennes et modernes, grecque, latine, hébraïque,
française, espagnole, anglaise, italienne, l'avait mis en état de traduire
ou d'imiter avec bonheur des morceaux précieux de poésies étrangères.
Hésiode et Pindare, Virgile et Horace, Shakespeare et Pope sont devenus
tour à tour sous sa plume des poètes français. Il écrivait aussi purement
en latin que dans notre langue. Il parcourait tous les genres, passait sans
effort de l'exactitude d'une traduction aux élans de la poésie lyrique,
alliait à une érudition immense une brillante imagination, s'arrachait aux
charmes de la poésie et des beaux-arts pour s'adonner à l'archéologie et
à l'étude des anciens monuments ; bref, nouveau Pic de la Mirandole,
il unissait la science de son temps à celle du passé. Ses oeuvres sont des
plus nombreuses : tragédies, opéras, odes sacrées et profanes, épîtres,
discours, éloges, lettres, traductions, dissertations, voyages, mélanges,
oeuvres de critique et de jurisprudence... La diversité de ses écrits nous
présente tour à tour le poète, le philosophe, l'antiquaire, le littérateur,
l'académicien, l'orateur, le jurisconsulte, l'homme d'État. Polygraphe
comme Voltaire, il aborde toutes sortes de sujets et c'est l'un des auteurs
les plus féconds et les plus variés de son siècle ; c'est un Protée dans
le vaste domaine du savoir. Mais, sous quelque forme qu'il paraisse, il
instruit, il plaît, il intéresse toujours.
François-Albert Duffo