Le vendeur de pho

Ancien combattant Viêt-Cong, reconverti vendeur de pho, cette
soupe au boeuf ou au poulet si courante à Saïgon (Hô-Chi-Minh-City),
Nguyen Tay Kiêm ne s'est jamais remis de la guerre et habite un
misérable appartement près du canal Thi Nghe. Il vit seul mais s'estime
moins malheureux que beaucoup de ses concitoyens. Essayant aussi
souvent que possible d'épargner ses amis, même s'ils ne partagent pas
forcément ses idées révolutionnaires, Nguyen travaille dur et s'épuise
à survivre. Le Vietnam moderne n'est guère accueillant pour les lâches
et les réfractaires. Aujourd'hui, on ne déporte plus dans les camps, on
n'exécute plus d'une balle dans la tête, mais on cultive le chantage avec
un raffinement dont seuls sont capables les Asiatiques. Tiraillé entre ses
anciens idéaux et une réalité qui le rattrape, Nguyen ignore jusqu'où la
trahison pourra paraître acceptable, jusqu'où il pourra continuer à se
regarder dans une glace. Tour à tour manipulé par le redoutable Ngoc
Du, manipulateur lui-même quand il le peut, il pénètre la terrible
prison de Phan Dang Lu, jusqu'au moment de tomber sous le charme
de la fille de son meilleur ami, Anh Van Lan. Comme les marionnettes
du théâtre sur l'eau, un spectacle prisé par le peuple vietnamien,
le reflet de sa propre image n'est pas fait pour le rassurer. Il connaît
les codes, il se sait coupable, et il devra payer. L'histoire s'achève sur
une incompréhension, un drame immense que personne n'aurait pu
empêcher dans une république communiste en pleine mutation.